Milieu carcéral

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Des animaux aux quartiers mineurs de Fleury-Mérogis

par l’association AMADEIS

coeur d'artichien penitentiaireComme pour beaucoup de projet, tout commence par une rencontre ! La rencontre va avoir lieu durant le Diplôme Universitaire sur les adolescents difficiles : approches psychopathologiques et éducative de l’université Pierre et Maire Curie à Paris. Lors d’un atelier, Laetitia Médard présente Amadeïs, Association de Médiation Animale pour le Développement, l’Eveil et l’Interaction Sociale dont elle est présidente. Amadeïs intervient auprès des adolescents délinquants du Centre Éducatif Fermé de l’Orne. La directrice PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), responsable de la Mesure Éducative en Maison d’Arrêt* (MEMA) écoute l’exposé. De cette matinée, aboutit un projet : mettre en place des ateliers de médiation animale pendant les vacances de printemps 2011, pour les quartiers mineurs filles et garçons à la Maison d’Arrêt de Fleury-Mérogis.

L’intérêt de la médiation animale en milieu pénitentiaire

La médiation animale en milieu pénitentiaire a les mêmes intérêts que lorsque l’on travaille avec d’autres publics comme les personnes handicapées ou les personnes âgées. L’animal médiateur permet de travailler sur différents objectifs en fonction des besoins de la personne mais également ce qu’elle souhaite puiser puis réutiliser dans sa relation avec l’animal. Voici quelques éléments qui peuvent être intéressants pour travailler – entre autre – avec les détenus : l’apaisement (par le toucher, la parole), le lien affectif, la valorisation de soi, la restauration de l’estime de soi, l’écoute et le respect des consignes, l’échange, le partage, la cohésion de groupe… Pour travailler ces domaines, l’animal est un formidable média qui s’adapte à chaque personne.

Définition du projet : la Médiation Animale à Fleury-Mérogis avec l’association AMADEIS

Ce projet étant une première expérience, il y a eu des interrogations et des points pratiques à définir. Le but était de démontrer l’intérêt de cette activité et d’y faire adhérer les équipes encadrantes ainsi que les détenus.

Nous avons choisi d’organiser 3 séances pour les filles et 3 séances pour les garçons avec deux thématiques différentes. Chaque séance durera 40 minutes.

A la Maison d’Arrêt des Femmes, les filles auront des séances autour des cochons d’Inde, lapins nains, chinchilla, octodons et un chien. Les ateliers s’articuleront autour du soin, du nourrissage, du brossage et de l’éducation canine.

Au Centre des Jeunes Détenus, les garçons auront des séances autour des chiens : Duke, Eclyspe, Finger les Teckels à Poil Dur et Fulki, la Dogue du Tibet. Les séances commenceront par une présentation des chiens, puis des exercices d’éducation canine simples à mettre en pratique sur un parcours de motricité.

Durant cette semaine d’intervention, nous serons accompagnées par une éducatrice de la MEMA* de Fleury- Mérogis.

Avril 2011 : Nous y sommes ! Nous débutons l’activité de médiation animale au sein des établissements de Fleury-Mérogis. Nous faisons connaissance avec les professionnels du milieu carcéral dans un premier temps, puis avec les détenus.

A la Maison des Femmes

Le premier impact des animaux a été sur les professionnels : la surprise suivi par les sourires, puis les questions sur ces animaux. « oh c’est quoi ? Un lapin ! Ça fait vingt ans que je travaille ici, je n’avais encore jamais vu d’animaux rentrer » s’étonne une professionnelle.

Le premier contact avec les 5 filles du groupe a eu lieu durant le temps d’installation. Laetitia installe le tapis vert sur la table, puis la cage des octodons au centre. Les jeunes s’interrogent : « pourquoi sont-ils en cage ? Qu’ont-il fait de mal ? ». Des réponses sont apportées et le dialogue s’enclenche naturellement.

L’arrivée de nos cochons d’Inde et de Freesby notre lapin sur la table, a suscité différentes réactions – étonnement, retrait, observation, sourire, curiosité – sur lesquelles nous avons rebondies pour démarrer la séance. Nous proposons aux jeunes filles de nourrir les animaux présents sur la table à l’aide de différents légumes. Cela nous a permis de parler de l’alimentation des animaux et des humains. L’approche d’un cochon d’Inde mâle vers une femelle a été l’occasion d’abord la sexualité, la femelle cochon d’Inde ayant refusé le mâle, nous avons pu aborder la notion de viol et la possibilité de dire « non ». Au fur et à mesure de la séance, les jeunes filles se sont rapprochées physiquement de nos animaux, certaines ont fait l’expérience du corps à corps avec le lapin ou Fulki notre chien, ce qui a semblé avoir du sens pour elles.

Ces deux animaux ont en commun leur aspect « peluche » de par leur fourrure et leur apparence physique propice au contact affectif et sensoriel.

En conclusion, chacune des jeunes filles a bien participé à la séance, elles ont chacune enrichi la séance avec leur subjectivité propre. Elles ont su investir l’activité proposée et elles ont pu déjà exprimer leur hâte d’être à la prochaine séance. Les deux séances suivantes se sont déroulées de façon similaire après un lien déjà présent et une appréhension en diminution, toujours dans le respect de l’animal et de l’autre.

Les professionnels comme les bénéficiaires, ont été agréablement surpris par cette nouvelle expérience. Ils ont découvert ensemble, l’impact que pouvait avoir la présence des animaux au sein du milieu pénitentiaire et les espaces de travail relationnel que cela pouvait susciter.

Nous vous présenterons la semaine prochaine, l’expérience de médiation animale réalisée par AMADEIS, avec les jeunes détenus garçons. C’est une autre ambiance, une autre manière de travailler avec des animaux différents (cette fois-ci des chiens), qui amène à échanger sur d’autres domaines tout aussi enrichissant pour les jeunes et les professionnels.

La suite au prochain épisode ! Bon weekend !

Laetitia Médard, AMADEIS (Normandie) – www.amadeis.org

Aurélie Vinceneux, Cœur d’Artichien (Loire Atlantique) – http://www.coeurdartichien.fr/

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Après l’obtention par l’intervenante en médiation animale de l’association Coeur d’Artichien :

– du Master 1 de psychologie clinique criminologie et victimologie (Université de Rennes) et

– du Diplôme Universitaire sur la Relation d’Aide par la Médiation animale (Université de Clermont-Ferrand),

Il est naturel que l’association découvre et s’engage progressivement vers des projets de médiation animale en lien avec le milieu pénitentiaire.

Nous sommes intervenues avec Laetitia Médard, Fondatrice de l’association Amadeïs :

– au sein d’un Centre Éducatif Fermé (CEF) en Normandie (article ci dessous)

Médiation Animale : partage de pratique auprès d’adolescents au sein du CEF 61

amadeis et CAZOO mediation animaleAprès notre dernière séance de médiation animale à but pédagogique en école primaire à Nantes ( Article : Médiation animale : Association Coeur d’Artichien et Amadeis ensemble), l’association Cœur d’Artichien et Amadeïs ont souhaités renouveler cet échange de pratique.

Pour cela, l’association Cœur d’Artichien est venue découvrir la pratique de la médiation animale auprès de mineurs délinquants récidivistes ou non au sein du Centre Educatif Fermé 61 (l’Orne).

L’intervenante en médiation animale de l’association Amadeïs, Laetitia Médard, a une expérience professionnelle de plusieurs années auprès d’adolescents en difficultés sociales. Elle a souhaité développé la médiation animale à but éducatif en grande difficulté.

CAZOO et amadeis mediaition animaleAmadeïs intervient auprès d’un groupe de 4 jeunes du CEF 61 une fois par semaine pour une activité assistée par les chiens. Craquotte, Dinky Toy et Duke, Teckels à poil dur, Arpège Setter Anglais et Fulky jeune Dogue du Tibet composent l’équipe cynophile d‘Amadeïs.

La présence des chiens médiateurs permet de travailler sur le respect de l’animal, du cadre, de soi et d’autrui. Lors de ces séances les jeunes prennent conscience du travail à effectuer pour réussir à œuvrer avec le chien : intonation de voix, utilisation des commandes vocales et gestuelles adéquates, récompenses et valorisation du chien, l’apprentissage de la non violence…
CAZOO et amadeis mediation animaleDans ce cadre, Cœur d’Artichien est venu participer à 4 séances avec ces deux bergers australiens, afin de faire découvrir à Chayna et Eole un nouveau public, et à Aurélie Vinceneux fondatrice de l’association Cœur d’Artichien, de partager une autre manière de travailler en médiation animale.

Amadeïs souhaite pérenniser cette activité au sein des Centres Educatifs (Fermés ou Renforcés) et potentiellement mettre en place une activité similaire en milieu carcéral. Pour Cœur d’Artichien, cette découverte au CEF 61 fait écho à la formation et l’expérience en Psychologie criminologie et victimologie d’Aurélie Vinceneux et renforce positivement le projet élaboré autour d’une activité semblable dans le milieu pénitentiaire de la région Pays de la Loire (CEF, CER, Maison d’arrêt, SPIP…).

Ce partage a permis un enrichissement mutuel, tant en pratique qu’en réflexion autour de la médiation animale et du métier d’intervenant. Le métier d’intervenant en médiation animale est un métier récent en France, et dans lequel on se retrouve vite isolé.

« Pour le bon développement de ce métier et des intervenants il est nécessaire de créer et d’entretenir des lieux d’échanges et de réflexions entre professionnels de la médiation animale. »

Aurélie Vinceneux et Laetitia Médard

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Voici quelques articles de ce qui peut se faire en mediation animale en prison :

http://www.coeurdartichien.fr/?p=1837

Aux Etats Unis : les chat en prison pour aider les détenus :

http://www.coeurdartichien.fr/?p=1855

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